Ferme et Forêt

La champlure est fermée, le temps des sucres terminé!

C’était tout comme les Jeux olympiques.

En été: la préparation. On s’est greyé d’équipement – évaporateur, filtreur, embouteilleur, réservoirs et tubulure.

En automne: le véritable début du marathon.  On a construit la cabane à sucre, à partir de zéro.  Les camions  ont fait la livraison des matériaux de construction et du bois de chauffage, en relevant leur propre défi: le passage à travers des champ boueux. Puis, plusieurs mains (et un tracteur/chargeur) ont mis en place les cordes de bois et l’équipement lourd en fer forgé et en acier inoxydable.

En hiver: le cadio intense.  On s’en retrouvé dans la forêt avec la longue, l’interminable tubulure à installer; des mois passés à monter et à descendre les collines enneigées.  Les épaisseurs de manteaux fondaient à vu d’oeil … malgré les -20.

Au printemps: le dernier sprint avant la course.  La chaleur du soleil de février nous a rappelé que la saison des sucres était à nos portes.  L’entaillage a débuté.  Les raquettes étaient bien inutiles dans la neige molle et poudreuse que ce rare hiver sans dégel nous avait apporté.  Plus l’hiver tirait sa révérence, plus le printemps entrait dans la danse, et plus ‘les sucres’ approchaient à grands pas. 1-2-3 prêts.. pas prêts… partez!

Le grand départ: le 30 mars, un peu plus tard qu’à l’habitude, les Jeux olympiques du sirop débutaient.  Nous espérions que tous ces laborieux préparatifs allaient porter fruits. Nous étions prêts.

Le lent début: les nuits glaciales tournaient la sève, demeurée immobile dans nos réservoirs, en blocs de glace. Nous bouillions ce que nous pouvions, mais pour le reste, nous attendions patiemment, impatiemment.

La météo annonçait un réchauffement rapide et soutenu dans les prochains jours.  Le rêve pour plusieurs, mais le cauchemar pour le producteur!  Bien sûr, après cet hiver interminable, la plupart des gens espérait désespérément que les douceurs du printemps s’offrent à eux le plus tôt possible.  Par contre, le producteur de sirop priait pour un réchauffement progressif, qui prolonge les cycles nécessaires de gel / dégel et qui permet une bonne circulation de la sève.  Avec seulement 500 litres produits jusqu’ici, nous craignions une désastreuse première saison.

Le déluge: Le réchauffement s’est bel et bien installé, mais heureusement, les nuits sont demeurées froides dans les collines de la Gatineau. Nous avions ces gels cruciaux, suivis de chaudes journées, ce qui a provoqué un déluge de sève. Quel bonheur!  L’agriculture, c’est des montagnes russes d’émotions.

Le trop plein: Cependant, beaucoup de sève signifiait beaucoup de travail.  Nos journées sont donc passées d’un raisonnable 8 h, à 10 h, 12 h, et puis à trois fois 16 h en ligne de travail. La vie fut ainsi réduite à un minimum: dormir, manger, faire bouillir.

Initialement, nous n’avions pas assez d’espace dans nos réservoirs pour contenir la sève abondante; nous ne pouvions pas faire bouillir assez vite. Nous avons finalement dû vider un réservoir (une bien triste chose à faire). Par la suite, nous en sommes venus à manquer de bois de chauffage. Heureusement, David Gibson, un voisin agriculteur, est venu à notre rescousse avec du bois de chauffage livré «juste à temps», une corde à la fois, dans la pelle de son tracteur.

L’après: Enfin, le tsunami de sève s’est résorbé, nous plongeant dans un sommeil profond. Puis, un autre sorte de marathon, de vaisselle, de lessive et de courriels de rattrapage d’environ deux semaines, s’est amorcé.

Bien que cette année nous n’ayons pas remporté l’Or aux Jeux olympiques du sirop (la saison était inférieure à la moyenne pour les producteurs de la région), nous avons tout de même le sentiment d’avoir fait bonne figure pour notre première année dans les ligues majeures. Ce fut un apprentissage énorme, sans avoir dû payer pour des erreurs coûteuses et une aventure agréable, jusqu’à ce que l’épuisement de la grande finale nous frappe, qu’on se débarrasse d’autant de sève et qu’on brûle autant de bois.

La solution: à ces trois problèmes, nous apparaît maintenant clairement la solution de l’osmose inversée.  La technique de l’osmose inversée est une pratique courante chez tous les grands producteurs et aujourd’hui, nous comprenons pourquoi. Ce système filtre une partie de l’eau avant l’évaporation, réduisant ainsi considérablement le temps d’ébullition et l’utilisation de bois (¾ moins de bois). Un appareil à osmose, bien qu’il soit dispendieux, se paye de lui-même rapidement si l’on considère les économies en bois. Cela nous permettra de traiter la sève plus rapidement et d’éviter qu’elle soit gaspillée.  Fini l’épuisement, fini les longues nuits à bouillir, fini les agriculteurs grincheux qui se retrouvent dans une maison en désordre après les ‘bouillottes’ de minuit.

Après avoir raconté tout cela, on réalise tout de même à quel point tout s’est relativement bien passé. Les tubes 3/16 ont fonctionné comme prévu, créant un vide élevé dans les lignes de sève et n’utilisant que la gravité – pas de pompe. Un toit au-dessus de nos têtes et un sol sec sous nos pieds nous offrant une expérience presque de vie de château, si on compare à l’an dernier (dans la pluie et la boue). Les murs, faits de cordes de bois doubles, nous protégeant en début de saison, et, au fur et à mesure qu’elles diminuaient, nous offrant une vue magnifique sur la campagne.

Suite à une visite inattendue de Stu Mills de la radio de CBC le premier matin de l’ébullition, nous avons eu l’attention des médias et les parts de sirop se sont rapidement envolées. Le plus intéressant dans cette couverture médiatique est la visite d’une société de production de télévision francophone.  Elle faisait une série documentaire sur l’agriculture biologique au Canada et nous a contacté pour nous inclure dans leur série. Des gens ont filmé l’évaporateur dans le ‘feu’ de l’action. Ils seront de retour en mai pour filmer notre travail pendant les récoltes d’aliments sauvages.

Bref, nous sommes très satisfaits de la saison.  Et en même temps, nous sommes reconnaissants que le marathon soit terminé.  Nous avons hâte d’apporter les améliorations nécessaires pour la prochaine saison.

Pour les amateurs de statistiques, voici quelques chiffres:

nombre d’entailles: 2 350

sirop produit : 1 666,5 l

sirop produit par heure bouillir : 8,7 l

l’eau évaporée par heure : 357 l

rapport sève en sirop moyenne : 41 : 1

sève totale recueilli : 75 500 L

jours de bouillage : 21

gants utilisés : 10

gants jetés au feu (par accident) : 1

cordes de bois utilisées : 54

litres de sirop par corde : 31

plus longs jours de bouillage : 16 heures (de 6 h à minuit, trois jours de suite)

 

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Pour voir plus de photos, consultez ces deux messages:

http://fermeetforet.ca/david-irvine-photography-for-low-down-article-on-our-maple-syrup/

http://fermeetforet.ca/cbc-and-ottawa-citizen-articles-about-our-syrup-shares/